Dans les coulisses des Salinières

Article paru dans le journal Sud-Ouest le 11 Avril 2013

Depuis la rentrée de septembre, une classe de 1re travaille avec le théâtre bordelais sur une pièce de Woody Allen.

SudOuest 11-04-2013Mardi soir, les lycéens, les profs et les hommes de théâtre avant la représentation. (photo H. P.)

«De l’écrit à la représentation » est au programme du cours de français de classe de première. Donc du bac. Comment mieux illustrer cette thématique que de suivre le travail d’une troupe de théâtre, du choix du texte à la scène ?

C’est l’aventure que vivent les élèves d’une classe de première ES (économie) avec leur professeur de français Raphaëlle Blomberg, la documentaliste Sylvie Grjebine et le metteur en scène-comédien du Théâtre des Salinières, à Bordeaux, Jean Mourière.

Le théâtre des Salinière, Rue Buhan à Bordeaux, a été fondé il y a 15 ans par Frédéric Bouchet, l’inoxydable interprète de « Jouvence » (depuis 20 ans !), dans un ancien magasin de carrelage. Le comédien directeur a voulu que le lieu soit conforme à la tradition du théâtre, avec rideau rouge et large scène. La troupe, spécialisée dans les textes de divertissement, crée 17 à 18 pièces par an avec, fait de plus en plus rare, une distribution de plus de 10 personnes.Le metteur en scène Jean Mourière a travaillé longtemps dans des théâtres parisiens (les Blancs manteaux, Hébertot) avant de rejoindre les Salinières en 2010.

« J’avais depuis longtemps cette envie de venir vers des jeunes pour leur dire que le théâtre n’est pas quelque chose de rébarbatif mais un lieu où l’on vient avec plaisir, explique le metteur en scène. Dans le milieu scolaire, on travaille souvent sur des textes qui ne donnent pas envie d’aller au théâtre. C’est dommage ».Un point de vue qui rejoint précisément celui des deux enseignantes. « Le projet est né du constat que le théâtre s’adresse souvent à des personnes déjà sensibilisées. Pour beaucoup d’adolescents ne le pratiquant pas, ce spectacle vivant est associé à une soirée morne et ennuyeuse. Combien d’élèves ne reviendront plus au théâtre car leur initiation s’est faite avec des œuvres que l’on ne peut aborder qu’adulte ou en spectateur averti ? » écrivaient-elles dans la description du projet. Afin d’aller au bout de la démarche, Raphaëlle Blomberg a mobilisé une classe d’économie, moins sensible a priori qu’une classe littéraire aux choses du théâtre.Du texte à la scèneAvec Jean Mourière, les lycéens ont apporté leurs « points de vue » sur l’œuvre (deux textes de Woody Allen regroupés sous le titre « Adultères »), sur la définition des rôles, puis les décors (en 3D, en maquettes), les costumes, les sons et lumières.Puis mardi, au théâtre, les lycéens ont découvert la salle, la scène, les loges, les coulisses, la cabine de régie, la salle de répétitions. Ils se sont entretenus avec le régisseur Lucas, la chargée de com Kim, le fondateur et directeur du théâtre Frédéric Bouchet, et bien sûr Jean Mourière.Le directeur et le metteur en scène ont expliqué que le théâtre était en entreprise artistique mais aussi une entreprise tout court (quand elle n’est pas un théâtre subventionné) qui vit des entrées. On a évoqué les droits d’auteur (10 à 12 % de la recette reversés à l’auteur, pas de droits s’il est décédé depuis plus de 70 ans), le calendrier d’une création, le temps des répétitions…Après avoir assisté à un « filage » (répétition après une interruption), les lycéens ont découvert à la représentation parmi le public.

Hérvé Pons